Comment relever le défi de la mobilité urbaine dans les mégapoles ?

Pour Noa Khamallah, les réseaux de transport urbain des mégapoles sont proches du point de rupture. Les trottinettes électriques et d’autres modes de mobilité émergents sont appelés à devenir des éléments essentiels du système de transport urbain du futur. Ils remplaceront progressivement les automobiles. Ces nouveaux modes de transport ont le potentiel de résoudre les problèmes des villes


Les mégapoles ont besoin d’un orchestrateur pour mettre de l’ordre dans le chaos des transports

Selon Noa Khamallah, la mobilité urbaine continuera de se détériorer tant que la plupart des entreprises privées seront autorisées à poursuivre sans contrôle leurs objectifs de rentabilité. Presque toutes les mégapoles ont besoin d’urgence d’un orchestrateur pour mettre de l’ordre dans le chaos des transports. Les autorités municipales devront assumer une certaine responsabilité à cet égard. Mais les acteurs privés peuvent également jouer un rôle important.

La problématique de la hausse du taux de motorisation

L’accroissement de la population, le vieillissement et l’inefficacité des systèmes de transport, ainsi que l’augmentation du nombre de voitures dans les grandes villes du monde entraînent une augmentation des encombrements et une baisse de la productivité. Selon le Forum économique mondial, le nombre de voitures dans le monde devrait exploser dans les décennies à venir, passant de 1,1 milliard en 2019 à 2,0 milliards en 2040.

La réponse aux problèmes de transport urbain était censée être des solutions de mobilité à la demande et partagée. Mais en l’absence d’intervention municipale, de nombreuses villes sont aujourd’hui submergées par des offres rivales, les multiples acteurs se disputant les parts de marché. Cette situation a entraîné d’importants investissements du secteur privé et un plus grand choix pour les consommateurs, mais n’a pas produit de meilleurs systèmes de transport.

Noa Khamallah explique comment se présentent les nouveaux modes de mobilité

Les nouvelles options de mobilité, telles que le covoiturage et la micromobilité, constituent une amélioration par rapport aux voitures traditionnelles et aux transports en commun lorsqu’il s’agit de répondre aux priorités des consommateurs en matière de mobilité. Mais elles ne résolvent que certains problèmes des utilisateurs.

Les consommateurs sont toujours obligés de faire des compromis

Par exemple, les services de covoiturage permettent aux usagers de voyager quand ils le souhaitent et d’être plus productifs dans les transports en commun. Cependant, la plupart fonctionnent avec des véhicules à moteur conventionnel. Si le temps le permet, les options de micromobilité, telles que les trottinettes électriques partagées, offrent aux consommateurs une plus grande indépendance et une expérience de voyage agréable et détendue. Mais elles sont également confrontées à des problèmes de durabilité liés à leur durée de vie relativement courte ainsi qu’à la nécessité de collecter et de recharger les véhicules.

Le coût, bien qu’important, n’est pas la principale préoccupation des consommateurs

La popularité de ces nouveaux modes de transport confirme également la conclusion de Noa Khamallah selon laquelle le coût, bien qu’important, n’est pas la principale préoccupation des consommateurs. Ils sont souvent prêts à payer une prime pour obtenir un moyen de transport qui répond mieux à leurs préférences que les modes de mobilité traditionnels. Naturellement, le prix compte toujours : les usagers sont prêts à ajuster leurs dépenses de transport mais ne sont pas prêts à payer plusieurs fois plus. Plus la prime est faible, plus le nombre de consommateurs qui changeront de mode de transport sera élevé.

Les nouvelles options de mobilité, telles que le covoiturage et les trottinettes électriques, ne constituent pas à elles seules une solution efficace aux problèmes de mobilité urbaine, et ce pour deux raisons : leur prix est généralement bien supérieur à celui des modes traditionnels et elles ne répondent qu’à certaines priorités des consommateurs, et non à toutes. Par conséquent, dans la ville du futur, un orchestrateur sera toujours nécessaire pour faire passer les intérêts des consommateurs en premier et coordonner de manière impartiale les activités des opérateurs de mobilité afin de produire le meilleur résultat global.

La fragmentation croissante des écosystèmes de mobilité

Les villes ne sont pas seulement submergées par de nouvelles offres et de nouveaux acteurs. Un changement fondamental dans les transports est en cours, qui a de grandes répercussions sur le fonctionnement des écosystèmes de mobilité. En 2019 encore, chaque acteur avait un rôle clairement défini : les équipementiers automobiles gagnaient leur vie en vendant des véhicules personnels et des composants, d’autres sociétés privées exploitaient des taxis ou fournissaient des solutions de transport adjacentes telles que des vélos et des trottinettes, et les autorités municipales exploitaient des systèmes de transport en commun et de gestion du trafic. Mais la situation commence à changer.

Les équipementiers et les acteurs technologiques seront en concurrence sur les mêmes marchés.

Nous nous attendons à ce que les nouveaux modèles commerciaux et les innovations technologiques, y compris les véhicules autonomes partagés, perturbent davantage la mobilité urbaine dans les années à venir, érodant la viabilité des modèles traditionnels et fragmentant les écosystèmes de mobilité. Dans le cadre de cette transformation, les solutions de mobilité urbaine seront fournies et consommées en tant que service via des dispositifs numériques, ce qui accélérera l’abandon de la propriété d’un véhicule personnel.
Tous ces facteurs vont pousser les autorités municipales à prendre les devants et à créer des solutions de mobilité urbaine plus intégrées et coordonnées.